Le monde d’après?

Regards de jeunes

Durant le confinement, les jeunes de Cocréactive ASBL ont proposé des débats sur “Le monde d’après”. Ces débats “on-line” étaient ouverts aux 16-29 ans et se sont répartis en trois thématiques :

  • Pensez-vous qu’il faille changer le fonctionnement de notre politique actuelle?
  • Comment voyez-vous l’économie de demain?
  • Comment imaginer des relations sociales dans un monde où il faut respecter les gestes barrières?

Voici un compte-rendu condensé des idées qui sont ressorties lors des débats.

Pensez-vous qu’il faille changer le fonctionnement de notre politique actuelle?

Les jeunes souhaitent un monde plus solidaire où on investit dans les soins de santé, dans l’éducation et la culture. Ils veulent qu’on encourage les entreprises locales et la co-gestion. Ils estiment que durant la crise sanitaire les grosses entreprises ont été favorisées. 

Ils veulent aussi que les dirigeants concertent davantage les acteurs de terrain et procèdent à des référendums auprès des citoyens. 

Ils considèrent qu’il y a trop de ministres, trop de mandats dans notre gouvernement. Ils trouvent qu’il faudrait diminuer le nombre de ministre et leurs salaires. Ils pensent qu’augmenter le temps des mandats permettraient une politique sur le long terme. Il serait donc nécessaire de restructurer la forme du gouvernement.

En pratique, les jeunes pourraient, à leur niveau, faire des choix de consommation réfléchis en évitant d’alimenter les multinationales. Ils essaieraient aussi d’interpeller le monde politique afin de débattre avec eux et de leur partager leur vision de la société.

Comment voyez-vous l’économie de demain?

Ils souhaitent un système économique qui permettrait à tout le monde de vivre décemment. C’est-à-dire respecter les droits fondamentaux (droits de l’homme) et les besoins de bases (logement salubre, alimentation…). Ne pas survivre mais vivre. Ils trouvent que le système actuel ne permet pas de respecter les droits de l’homme. Dans certains pays, rien qu’au niveau de la “surveillance”, ces droits ne sont pas respectés. 

Ils estiment que le revenu universel ne serait pas une solution car ils ont peur qu’on aille chercher cet argent dans d’autres allocations.  

Ils ne comprennent pas pourquoi,simplement, on ne supprime pas la dette du pays en demandant aux grosses fortunes de l’abolir pour le bien de tous. On a aidé certaines banques à éviter la faillite, à présent, elles pourraient aider le pays. Dans leur vision du monde, la richesse devrait être mieux distribuée. Les multinationales devraient notamment payer leurs impôts. Tout le monde doit être soumis aux mêmes règles à ce niveau. 

Ils pensent aussi qu’une partie de la solution est dans ce qu’ils peuvent faire à leur échelle. Les citoyens sont tous interdépendants et ils doivent tous agir (et non pas juste attendre que les autres agissent). Ils estiment que leurs actions ne doivent pas être orientées vers une autarcie, un isolement par rapport à la société mais être ancrées dans cette dernière. 

Ils trouvent que, même s’il faut remettre en question la façon de consommer, il ne faut pas perdre les avancées technologiques.

Les jeunes ont aussi débattu sans arriver à un consensus autour de la question du chômage: 

  • Un des points de vue était qu’il y avait des personnes qui, volontairement, vivaient aux frais de celles qui travaillaient et que cela participait à la crise économique. Ils reconnaissent que cela serait difficile de distinguer les “profiteurs” de ceux qui ont réellement besoin des aides sociales. Il existe déjà beaucoup de contrôles des personnes qui bénéficient des aides sociales et ils ne voient pas comment améliorer le système pour éviter les “profiteurs”. De plus, ils estiment que cela est normal d’aider les réfugiés mais que des gens “de chez nous” doivent aussi être aidés.
  • Un autre point de vue est qu’il y a structurellement du chômage en Belgique et qu’il s’agit d’un droit contributif. Les personnes ont cotisé pour avoir droit au chômage tout comme on cotise pour une assurance voiture pour être aider en cas d’accident. Ils estiment qu’il ne doit pas y avoir d’opposition entre les aides qu’on apporte aux migrants et celles que l’on donnent aux citoyens belges. La seule question est de savoir si on décide d’être solidaire ou pas. Il faut réfléchir les choses ensemble et pas en opposition.

Les jeunes pensent qu’à leur niveau, ils peuvent réaliser plusieurs actions comme notamment exercer leur droit de grève pour faire entendre leur voix. Ils peuvent aussi trouver des alternatives à la consommation de masse comme créer une monnaie locale, réaliser un potager et utiliser des logiciels libres. Il faudrait éviter d’alimenter “les gros bonnets” de l’économie mondial comme Microsoft ou Facebook. Ils pensent que nous avons été formatés pour utiliser certains logiciels et qu’on les choisit par facilité, mais, en fait, il suffirait de faire l’effort d’apprendre un fonctionnement informatique différent. Certains d’entre eux veulent sortir de leur zone de confort afin de pouvoir choisir avec “qui” ils sont interdépendants.

Comment imaginer des relations sociales dans un monde où il faut respecter les gestes barrières?

Les jeunes ont relevé que la confiance en l’autre était en jeu. “Est-ce que l’autre prend les mêmes précautions que moi?” Il y a un risque d’exclusion et de discrimination (de nouvelles étiquettes) amené par la peur de l’autre. Il y a comme une scission dans la société : ceux qui prennent le virus “à la légère” et ceux qui s’en méfient. On pourrait même voir un phénomène de délation. De plus, pendant que l’on se dispute sur ces sujets, on aborde pas des sujets sociétaux plus importants…

Il y a une impression générale que les mesures prises sont insuffisantes, mal gérées et pas claires. Du coup, chacun fait un peu “à sa manière”. Par ailleurs, le discours est incohérent: on ne peut pas voir la famille mais on peut aller travailler…

Il est difficile de faire société ensemble quand on voit poindre à l’horizon plus de surveillance de masse, de traçage et autres mesures qui augmentent le niveau de contrôle et diminuent les libertés. Cela pourrait creuser encore plus les inégalités sociales.

Les gestes barrières ont leur utilité en temps de crise sanitaire mais il ne faut pas s’empêcher de vivre par peur de contaminer d’autres personnes. Il s’agit d’un problème systémique, mondial et pas juste d’une responsabilité individuelle.

Pour certains, le confinement a créé un choc voir un traumatisme. Le passage du confinement au déconfinement n’a pas été suffisamment progressif. C’est un peu comme si on était en prison et qu’à présent il faut oser sortir dans le monde réel. Pour d’autres, ils pensent que les gens vont rapidement oublier. Une fois qu’on aura reçu le feu vert, les gestes barrières disparaîtront et le monde reviendra à la normal.

Afin de recréer du lien, les jeunes estime qu’il faut aller à la rencontre de l’autre sans tenir compte de sa différence. Il pensent aussi qu’il faut de temps en temps quitter internet pour être en présentiel.